Approfondir la démarche avec l’oraison

Comment faire pour s’initier à cette prière silencieuse dans sa paroisse

 

Le carême, c’est un temps pour prier davantage. Un temps pour se consacrer à Dieu, se mettre à son écoute. Toute l’année, des petits groupes s’organisent dans les paroisses pour proposer aux néophytes de devenir familiers d’une prière très particulière, l’oraison. C’est peut-être le bon moment pour s’initier.

Qu’est-ce que c’est ?

Il s’agit, chaque jour, de se mettre en silence en présence de Dieu, en observant un temps qui peut aller de cinq minutes à une demi-heure, pour un dialogue avec Dieu. C’est « un commerce intime d’amitié ou l’on s’entretient souvent seul à seul avec Dieu dont on se sait aimé », écrivait sainte Thérèse d’Avila.

Que fait-on ?

On commence par un signe de croix, puis on se tourne vers l’Esprit-Saint par une prière lui demandant d’habiter notre cœur. Puis on s’adresse au Christ à peu près en ces termes (que l’on adapte et développe selon sa personnalité) : « Seigneur, me voici devant toi. Je suis disponible. Je crois que tu es là même si je ne le sens pas. Fais ton travail en moi. » Ces mots doivent laisser place à une libre conversation mentale avec Jésus. À chaque fois que l’on est distrait par une pensée, que l’on dérive, il faut, pour se recentrer, revenir inlassablement à ces mots qui forment autant d’actes de foi. L’important est d’être présent à Dieu, non pas d’avoir l’impression de prier comme il faut. À la fin du temps que l’on s’est imparti, terminer par le Notre Père et un signe de croix.

Est-ce pour moi ?

La plupart du temps, les chrétiens pensent que l’oraison est réservée aux religieux contemplatifs. Mais tous les baptisés sont appelés à la découvrir. « Plus de gens qu’on ne le croit seraient capables de faire oraison, mais personne ne leur a appris », déclarait Jean Paul II. « Sans cette intériorité, les baptisés s’essoufflent, et même leur pratique religieuse, quand elle existe, se dessèche. » 

Quelles en sont les difficultés ?

L’oraison est un engagement exigeant. Elle réclame un acte de volonté – s’arrêter et s’extraire du flot de nos occupations –, un acte de foi – Dieu est bien là, même si je ne le vois ni le sens –, et de la ténacité pour durer. Paresse, ennui, distraction, ensommeillement, impression qu’il ne se passe rien sont autant de phénomènes normaux qui surgissent, et font partie intégrante de l’expérience.

En quoi consiste une école d’oraison ?

Il s’agit de se réunir régulièrement – une fois par semaine pendant un mois et demi, ou toute l’année dans le cadre d’un groupe de prière – afin de pouvoir avancer ­concrètement dans la pratique de l’oraison. Les ingrédients : un temps d’enseignement, dispensé par prêtres ou laïcs, un temps d’oraison d’une demi-heure, et un temps de partage d’expériences en petit groupe. Les participants sont invités à « s’entraîner » entre les rencontres. 

Comment le pratiquer en paroisse ?

Des équipes de laïcs se créent dans de plus en plus de diocèses, pour ­animer dans les paroisses qui le désirent des sessions sur cinq ou six soirées, notamment à l’occasion de l’Avent ou du carême.

Sur quoi porte l’enseignement ?

De séance en séance, on obtient un certain nombre de clés de compréhension sur la foi, sur l’homme, sur Dieu et sur la relation de l’un à l’autre. On y obtient aussi des conseils très pratiques : comment rentrer dans l’oraison, et y durer dans le temps, comment organiser son temps de prière et se mettre en condition. Enfin, on découvre à travers les témoignages des animateurs (et en lisant les écrits des saints qui l’ont pratiquée) que l’oraison implique les mêmes joies et difficultés pour tout le monde !

Que puis-je en attendre ?

« On avance avec Dieu comme lorsqu’on construit dans le temps une relation plus profonde avec une personne. Cependant, l’avancée n’est pas toujours palpable. L’oraison reste un combat quotidien. On en perçoit lentement les fruits : dans la vie quotidienne, par exemple, on se donne plus facilement aux autres. On se rend compte que les journées n’ont plus la même densité ».

Et si je ne suis pas un « contemplatif » ?

Sainte Thérèse d’Avila et saint Paul avaient des tempéraments de feu, et ont démontré qu’action et contemplation n’étaient pas incompatibles, mais indispensables ! L’oraison n’est donc pas réservée aux calmes, même si nos habitudes de vie modernes nous obligent peut-être à un effort plus vigoureux pour libérer le temps nécessaire. « Je pense que Dieu nous rencontre tels que nous sommes ! D’ailleurs, l’objectif n’est pas de rester dans le seul à seul de la rencontre avec Dieu, mais d’essayer de passer toute notre en vie, au cœur de l’activité, en présence de ce Dieu vivant qui est en nous ».

Et après l’école ?

La clé d’une progression dans l’oraison, c’est la fidélité. L’engagement auquel vous vous serez déjà accoutumé dans le cadre de l’école vous permettra d’être plus fort pour tenir dans le temps. Néanmoins, les meilleures volontés du monde ont besoin de soutien. Il est possible de bénéficier parfois de « recadrages ». Cette « formation continue » permet de pouvoir échanger avec les autres sur les joies et les difficultés quotidiennes, et d’y voir ainsi plus clair sur son propre cheminement.