Jonas, le prophète de miséricorde

Tout le monde connaît l’histoire de Jonas, un bref récit plein d’humour et de sagesse qui porte sa leçon d’universalisme et de miséricorde jusqu’à nous.

Jonas est envoyé par le Seigneur Yahvé à Ninive, capitale de l’Assyrie, l’ennemie héréditaire d’Israël, pour l’appeler à la conversion. Mais Jonas se met à fuir pour Tarsis, la ville du bout du monde où la Parole de Dieu n’arrive pas. Son navire est pris par la tempête, et les matelots, saisis d’une grande crainte en découvrant sa fuite, le jettent par-dessus bord. Englouti dans le ventre d'un grand poisson, il est rejeté sur le rivage le troisième jour.

Alors, il se lève et traverse Ninive, la ville immensément grande, en clamant : « Encore quarante jours et Ninive sera détruite. »

 Devant la conversion de ses habitants, Jonas est dépité et se plaint amèrement à Dieu de s'être repenti du malheur dont il les avait menacés.

                                                     Contexte historique de ce récit.

Il fut écrit au cours du cinquième siècle avant J.-C., c’est-à-dire bien après la destruction de Ninive, suite au retour de l'exil à Babylone - une période de quarante ans au cours de laquelle le peuple d’Israël apprit à vivre au milieu des peuples étrangers et à s’ouvrir progressivement à la question du salut des nations païennes-.

Ce fut sous Nabuchodonosor, le tyran, qui établit d’une main de fer le nouvel empire babylonien. Et c’est son prédécesseur, Nabopolassar, qui écrasa les Assyriens et rasa Ninive en 612. Le prophète Nahum l’avait annoncé peu avant, avec une puissance d’évocation terrible, comme un jugement de Dieu contre les abominations de Ninive : « Malheureuse Ninive, la ville sanguinaire remplie de perfidie, pleine de rapines, elle qui ne lâche jamais sa proie. Écoutez ! Claquements des fouets, fracas des roues, galop des chevaux, roulement des chars! Cavaliers qui chargent, épées qui flamboient, lances qui étincellent ! Innombrables blessés, accumulation de morts, cadavres à perte de vue, on butte sur les cadavres ! Ninive, je vais jeter sur toi les débris de tes idoles, te déshonorer, te mettre au pilori. Tous ceux qui te verront s’enfuiront en disant : ‘Ninive est dévastée !’ » (Nahum 3,1-7).

C’est précisément à cette ville orgueilleuse, symbole d’idolâtrie et de violence, que Jonas est envoyé proclamer la parole de conversion.

« Dieu vit ce qu’ils faisaient pour se détourner de leur conduite mauvaise et Dieu se repentit du mal dont il les avait menacés. »

On imagine la stupeur du peuple de Jérusalem. Quoi donc, Ninive, l’abominable, c’est cette ville qui est désignée comme l’objet de la miséricorde divine !

Dans le récit, Jonas lui-même en est affligé et reproche à Dieu sa conduite étrange: « Je savais bien que tu es un Dieu de pitié et de tendresse, lent à la colère, riche en grâce et te repentant du mal. »

La réponse divine est superbe : « Toi, tu es en peine pour un ricin qui a poussé en une nuit et se dessèche au lever du soleil… et moi, je ne serais pas en peine pour Ninive, la grande ville où il y a plus de cent vingt mille êtres humains qui ne distinguent pas leur droite de leur gauche, ainsi qu’une foule d’animaux ! »

Le livre de Jonas fut écrit plus d'un siècle après la prédiction de Nahum sur la ruine de Ninive Il fallait à l'Esprit de Dieu cette patience pour que s'éveille, au sein du peuple d’Israël, la pensée que l'appel à la conversion puisse être annoncé à son pire ennemi et que la miséricorde de Dieu s'étendait à toutes les nations.

Aux pharisiens qui demandent un signe pour croire en lui, Jésus répondra par le signe de Jonas :   « De même, en effet, que Jonas fut dans le ventre du monstre marin durant trois jours et trois nuits, de même le Fils de l’homme sera dans le sein de la terre durant trois jours et trois nuits. Les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération et ils la condamneront, car ils se repentirent à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas » (Matthieu 12,40).

Après trois jours où il est descendu aux enfers pour en délivrer les morts, en prenant par la main le premier d'entre eux, Adam, comme le figurent les icônes, Jésus sort du ventre de la mort pour annoncer à toutes les nations, par son Église, la bonne nouvelle du Salut.