Noël, et tout recommence...

Encore Noël ! Encore ces mêmes chants (même si nous les aimons), encore les rituels familiaux (même si nous y prenons plaisir)...Et cet enfant Jésus qui est si mignon, certes, mais au milieu d’un monde qui ne l’est guère... Convenons qu’à un certain âge le retour de Noël a quelque chose de répétitif. Encore Noël !

Et si cette année nous recommencions tout ? Parce que la célébration de Noël, de la naissance de Jésus, c’est le recommencement.

Et voici ce que je vous propose : recommencer avec Jésus. Recommencer l’enfance, la découverte de tout. Jésus enfant a appris à lire, à réfléchir, à prier. Eh bien ! Recommençons à lire l’Ecriture, essayons de découvrir de nouvelles traditions spirituelles, tentons de nouvelles façons de prier. Jésus enfant a découvert le petit monde de Galilée. Redécouvrons notre petit monde, marchons dans les rues de notre ville comme si elles nous étaient inconnues. Rouvrons les yeux. Ouvrons notre cœur même à nos proches, comme si nous ne les connaissions pas, comme si les vieilles histoires qui ont terni leur image n’avaient jamais eu lieu. Regardons-les de neuf. Les enfants aiment les adultes sans connaître leurs faiblesses, ils les aiment comme ils leurs sont donnés. Jésus est arrivé dans un vieux monde, dans un Israël fatigué, occupé, divisé. Mais à tous il a offert un nouveau début, une renaissance. Il a effacé le péché, les blessures anciennes. Il a relevé Zachée et Marie- Madeleine. Il a tout effacé de leur ancienne vie. On l’a traité de naïf. Jésus était sagace et son regard pénétrant. Mais il portait en lui cette perpétuelle nouveauté du recommencement toujours possible, du rejaillissement de la vie. A chacun, il offrait la possibilité de redevenir frais, neuf, offert, sensible.

L’année meurt dans les bourrasques et la grisaille. Faisons mourir avec elle nos déceptions, nos vieilles histoires, nos peurs de l’avenir. Sans les oublier, ce n’est pas possible, mais en les tenant pour ce qu’elles sont : des choses passées, des évènements qui nous ont traumatisés mais que nous devons surmonter. Jésus avec son regard neuf nous accompagne, nous aide à prendre le recul nécessaire. Nous avons de l’expérience et c’est bien. Mais notre cœur ne saurait se contenter d’expérience ; il a besoin d’espérer ce qui peut encore lui être donné. Il a besoin de nouveauté. Avec Noël, le Seigneur nous offre de recommencer tout le chemin de foi et de sainteté. Dans un ciel immuable, il fait se lever une étoile nouvelle. Dans un vieux peuple, un espoir inattendu. Dans la vieille foi et la vieille sagesse juives, une Parole nouvelle, non pour abolir, mais pour redonner vie. Le Seigneur se fait enfant pour que nous connaissions de nouveau la joie de l’enfance, qui est la joie des saints. » Voici dit le Seigneur, que je fais toutes choses nouvelles ! »

On parle quelquefois de la « naïveté » de Noël, comme on parle de la « naïveté » des chrétiens dans ce monde. Ce n’est pas vrai. Ou alors il faut le prendre comme un compliment. La fraicheur de Noël, la fraicheur des chrétiens qui accueillent chaque journée, chaque année comme un cadeau riche d’amis encore inconnus, de découvertes encore inédites, qui veulent poser sur autrui un regard neuf, rempli non de rancune et de regrets, mais d’espoir.

Les chrétiens croient qu’un recommencement est toujours possible, qu’avec Jésus l’aventure commence sans cesse, que l’esprit d’enfance est une grâce. La « naïveté » des chrétiens, c’est tout ce que je vous souhaite pour Noël !

Frère Yves Combeau (extrait de la rubrique « Repères pour Vivre », Le Jour du Seigneur)