Croix glorieuse

          La fête de la Croix Glorieuse nous invite à remercier Dieu pour le don de son Fils : il a donné sa vie pour nous en acceptant de mourir, et de mourir sur une croix. Le supplice de la croix est un des supplices les plus cruels inventés par les hommes. Jésus l’a affronté et l’a vaincu. Pour nous. Cette fête exprime notre gratitude et nous pousse à méditer sur l’amour de Dieu

          Une homélie de saint André de Crète (env. 660-740) : Nous célébrons la Fête de la Croix, de cette Croix qui a chassé les ténèbres et ramené la Lumière... Qui la possède a un trésor...

          En célébrant la Fête de la Croix, avec le Crucifié nous sommes portés vers les hauteurs... Quelle grande chose que de posséder la Croix ; qui la possède a un trésor... car c'est par elle et en elle que consiste l'essentiel de notre Salut, qu'il a été restauré pour nous...

          S'il n'y avait pas eu la Croix du Christ, la mort n'aurait pas été terrassée, l'enfer n'aurait pas été dépouillé de ses armes. Grande et précieuse est donc la Croix de Jésus Christ ! Grande, parce qu'elle a produit des biens innombrables, d'autant plus nombreux que les miracles et les souffrances du Christ ont triomphé davantage. Précieuse, parce qu'elle est à la fois la souffrance et le trophée de victoire de Dieu. C'est sur elle que le Christ est mort volontairement. C'est sur elle qu'il a vaincu le diable et la mort avec lui, qu'il a brisé les verrous de l'enfer. Alors la Croix est devenue le Salut du monde entier.

Le Fils de l'Homme a été glorifié 

          La Croix est appelée la Gloire du Christ, son exaltation : elle est la Coupe qu'il a désiré boire, elle est la récapitulation de tous les supplices qu'il a accepté d'endurer pour nous. Que la Croix soit la Gloire du Christ, écoute-Le nous le dire Lui-même : " Maintenant Le Fils de l'Homme a été glorifié, Dieu a été glorifié en Lui. Si Dieu a été glorifié en Lui, en retour, Dieu Lui donnera sa propre Gloire..."

          Quelle Gloire ? Celle qu'il devait obtenir sur la Croix. N'est-elle pas aussi son exaltation ? Tu l'apprends de sa propre bouche : " Quand J'aurai été exalté de terre, alors J'attirerai à Moi tous tes hommes ! " Tu vois : la Croix, c'est la Gloire du Christ ! C'est l'exaltation du Christ !

Pourquoi fêter la Croix glorieuse ? (Signes d’aujourd’hui)

          Dans la symbolique chrétienne, la croix présente un double visage. Dans le contexte de la passion et de la mort violente de Jésus, les évangiles évoquent la croix en tant qu'instrument de torture et gibet d'infamie. A cet égard, la croix ne mérite évidemment pas de devenir un objet de vénération.

          Très tôt, les chrétiens ont vu dans la croix, plutôt qu'un accessoire meurtrier, l'image du sacrifice par lequel Jésus nous affranchit du péché et de la mort. L'apôtre Paul, déjà, écrit en conclusion de son épître aux Galates : "Pour moi, il n'y a pas d'autre titre de gloire que la croix de notre Seigneur Jésus Christ" (6.14). Dans l'hymne au Christ qui ouvre l'épître aux Colossiens, on peut lire : "II a plu à Dieu de faire habiter (en son Fils) toute la plénitude et de tout réconcilier par lui et pour lui, sur la terre et dans les cieux, ayant établi la paix par le sang de sa croix" (1,20; cf. 2,13-15). En ce sens, la croix du Christ peut être dite "glorieuse" : telle est la signification de la fête d'aujourd'hui.

          L'évangile de la fête joue sur le double sens du verbe "élever" : élever sur la croix et élever dans la gloire. La référence à Moïse et au serpent d'airain sert ici de parabole prophétique. Dans un autre passage du quatrième évangile, Jésus déclare ; "Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes", et l'évangéliste d'ajouter : "Par ces paroles, il indiquait de quelle mort il allait mourir" (12,32-33). En même temps qu'elle donne la mort, la crucifixion symbolise la victoire sur la mort.

La "Croix glorieuse"

          Lorsque Jésus en fut chargé pour monter au calvaire, sa croix n'avait rien de glorieux, c'était l'instrument de supplice le plus avilissant. Paul, comme citoyen romain (Ac 22,25}, avait eu droit à la forme la plus élégante de mise à mort, l'épée. Mais Jésus n'était qu'un vulgaire condamné, livré à l'occupant romain. Ce fut la grande prouesse de Dieu, que de transformer cet odieux instrument de supplice en croix glorieuse, par la résurrection. Même la croix du bon larron devint glorieuse, car elle fut, elle aussi, porte d'entrée du paradis (Lc 23,43).

          Les croix des premières églises étaient glorieuses, comme celle que l'empereur Constantin aperçut dans sa vision. C'était une croix de lumière, signe de résurrection. Plus tard, lorsqu'on représenta le Christ en croix, c'était d'abord comme ressuscité, ou dans l'habit du grand prêtre (He 4,14-15).

    Au Moyen-âge, les misères des populations incitèrent à exprimer la solidarité de Jésus avec les souffrances humaines. De symbolique, l'image devint réaliste. Mais le temps est venu de représenter à nouveau le Christ ressuscité et glorieux sur les croix de nos églises.