REDÉCOUVRONS LE VRAI GOÛT DU CARÊME

 

Se rapprocher de Dieu et du plus démuni, retrouver une sobriété de vie et le sens du partage, c’est tout cela le carême. Pour vous guider dans ce chemin vers Pâques qui commence le 10 février, voici quelques conseils pour en parler aux enfants et vous initie à la prière silencieuse.

D’où ça vient ?

Dans l’Église primitive, le carême correspondait à la dernière étape de préparation des catéchumènes qui devaient recevoir le baptême dans la nuit de Pâques, fête qui commémore la résurrection du Christ. Cette période devient, à partir du IVe siècle, un temps liturgique dédié à la préparation pascale. Le mot vient de quadragesima, qui signifie quarantième.

Pourquoi dure-t-il 40 jours ?

Ce nombre revient plusieurs fois dans la Bible comme symbole d’un temps d’attente et de maturation. Ainsi, Jésus resta 40 jours dans le désert avant de commencer sa vie publique, et le peuple juif passa 40 ans dans le désert avant d’entrer en terre promise. En réalité, le carême s’étale sur 46 jours, mais on ne compte pas les dimanches car le jeûne et l’abstinence sont interdits le jour du Seigneur. 

Quel est le symbole des cendres ?

Le premier jour du carême, appelé « mercredi des Cendres », le prêtre fait l’imposition des cendres. Ces cendres représentent nos péchés et notre fragilité – nous sommes poussière et nous retournerons à la poussière – et symbolisent notre repentir et notre désir personnel de conversion.

Que doivent faire les catholiques ?

Leurs efforts doivent se concentrer sur trois façons de travailler à la conversion de leur cœur profond : le jeûne ; le partage, en particulier avec les plus démunis ; la prière. Jadis, les règles s’avéraient beaucoup plus strictes, mais la pratique s’est assouplie. De nos jours, l’Église demande le jeûne seulement le mercredi des Cendres et le vendredi saint : cela consiste à prendre un seul repas pendant la journée avec une alimentation frugale le matin et le soir. L’abstinence de viande doit, elle, être respectée tous les vendredis, jour anniversaire de la mort de Jésus. Certains catholiques sont dispensés de ces restrictions alimentaires : les malades, les personnes de plus de 60 ans, les femmes enceintes et les enfants.

Que veut dire « abstinence » ?

C’est la privation volontaire de certains aliments, la viande dans le cas du carême. Jadis, ce plat coûtait plus cher que le poisson : s’en priver devait inciter à reverser aux plus pauvres l’argent qu’on avait ainsi économisé. L’abstinence ne concerne donc pas la sexualité.

Pourquoi s’astreindre au jeûne ?

Le but, c’est de s’alléger de tout ce qui est superflu pour mieux retrouver l’essentiel. On suit ainsi l’exemple de Jésus, qui jeûna 40 jours dans le désert. Ce n’est pas seulement un geste de pénitence mais aussi de solidarité pour penser à ceux qui meurent de faim. Dans la tradition chrétienne, cela invite à donner l’aumône. Avec l’évolution de la société, le jeûne n’est plus vraiment observé. L’Église encourage alors à d’autres formes de renoncement : se priver de plaisirs personnels, par exemple la télé ou son portable, afin de détacher son regard de ces écrans pour le tourner vers les autres.

La pénitence, un gros mot ?

Voilà un mot qui effraie car on pense tout de suite aux actes de pénitence corporelle. Ce qui en fournit une image réductrice. Faire pénitence, c’est implorer le pardon de Dieu. Cela vise à la réparation des péchés commis, mais surtout à un changement d’état d’esprit : prendre conscience de ses fautes et faire un pas vers Dieu. Le terme « pénitence » vient d’ailleurs d’un mot grec qui signifie conversion. Elle n’est pas synonyme de tristesse mais doit nous amener au renouvellement et à la joie symbolisée par la fête de Pâques.

Faut-il « se priver » de petits plaisirs ?

Le but du carême n’est pas de rechercher la privation mais de redécouvrir, à travers le jeûne et le partage, une nouvelle manière d’être, à la fois humaine et spirituelle, basée sur la simplicité. C’est une façon de refuser la surconsommation, le superflu, et de mieux vivre le ­quotidien des relations avec autrui et avec la planète par une « sobriété heureuse » qui est faite d’ouverture aux autres.

Est-ce que tous les chrétiens le font ?

Oui, mais pas de la même manière. Les orthodoxes l’observent de façon beaucoup plus rigoureuse que les catholiques. Ils s’abstiennent de tout produit animal, des laitages et, certains jours, de l’huile et du vin. Ils ne débutent pas cette période par le mercredi des Cendres mais par le « lundi pur », qui tient à peu près la même fonction. Quant aux protestants, ils sont, pour la plupart, moins attachés que les catholiques au respect d’obligations précises. Ils sont réticents face à l’idée de pénitence car, pour eux, l’acte religieux ne peut pas acheter la grâce de Dieu. Néanmoins, certaines confessions protestantes, comme l’Église réformée, veulent redonner aujourd’hui de l’importance au sens du carême.

Quelle est la différence avec le ramadan ?

Le carême est une marche vers Pâques et le renouveau offert par Jésus ressuscité, alors que le ramadan n’est pas lié à un événement particulier mais demandé par le Coran comme gage de fidélité à Dieu. Ce dernier dure 30 jours et tombe le mois lunaire, qui varie suivant les années. Autre différence : les règles du jeûne sont plus exigeantes et plus respectées chez les musulmans, qui ne doivent ni manger, ni boire, ni avoir des relations sexuelles, du lever au coucher de soleil. Musulmans et chrétiens se rejoignent, cependant, dans leur volonté de consacrer cette période à la conversion intérieure et au rapprochement avec Dieu.